Conte chinois : la Jarre fêlée

Conte chinois : la Jarre fêlée

30 juillet 2019 0 Par Eric Goens

Tous les matins, un paysan chinois allait chercher de l’eau à la rivière. Il remplissait deux grandes jarres qu’il portait ensuite aux deux bouts d’un solide bâton posé sur ses épaules.

Mais l’une des deux jarres était fêlée et l’eau gouttait le long du chemin. La jarre en était affligée. Elle en souffrait, car elle avait le sentiment de ne pas accomplir correctement ce pour quoi elle était faite. Aussi, un jour, elle demanda pardon au paysan.

  • De quoi donc dois-je te pardonner? S’étonna-t’-il.
  • Tu le sais bien, lui dit-elle. Je suis fendue et je ne rapporte souvent à ta maison que la moitié de ce que tu as puisé. J’ai honte de moi. J’aimerais être comme ma compagne qui fait avec honneur son travail de jarre.
  • Retourne-toi, lui dit-il. Et que vois-tu de ce coté du chemin?
  • Des fleurs, des fleurs partout, tout le long de la route.
  • Ces fleurs, c’est toi qui les as fait naître, et elles sont devenues belles parce que tu les arroses chaque matin ! Elles te rendent grâce, comme je te rends grâce, car je peux ainsi offrir de temps à autre un beau bouquet à ma femme. Regarde maintenant de l’autre côté du chemin! Que vois-tu?
  • Il n’y a rien, rien que de la poussière sur un sol de cailloux.
  • Certes, ta compagne fait au mieux son travail de jarre, mais elle n’a pas ton talent. chacun fait selon sa nature! Réjouis-toi d’être fendue et imparfaite, car, comme souvent, ta faille a son talent caché!

Michel Piquemal et Philippe Lagautrière